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La motivation des skippers du Vendée Globe sous le microscope de Christopher (Sourse La Provence)

Qu’est-ce qui peut pousser un skipper à s’engager plusieurs mois d’affilée dans la course en solitaire la plus dure du monde ? Quels sont les éléments qui lui permettent de tenir une fois en mer, l’aident à combattre la fatigue, la pression, les baisses de moral face aux aléas ? Des études avaient bien été conduites sur les facteurs de motivation des sportifs, mais rarement pendant l’effort, et jamais sur une durée aussi longue que le Vendée Globe. Alors lorsque Christopher Pratt, skipper professionnel, régatier d’expérience et chef d’entreprise (il a lancé sa société de management du sport, marSail avec Dimitri Deruelle en 2007) s’est attaqué à un master II de management du sport, le sujet de son mémoire de recherche est venu assez naturellement s’arrêter sur cette question.

Accompagné de la Faculté des sciences du sport de l’université Aix-Marseille, et notamment de son laboratoire Sport MG Performances Christopher Pratt a réalisé une « Etude longitudinale de la motivation des skippers lors du Vendée Globe 2012-2013 » sous la direction de Sarah Calvin. Il en présentait vendredi soir les conclusions dans les locaux du CNPRS de la Pointe Rouge, au cours d’une conférence organisée dans le cadre de Marseille Capitale du Sport.

« En 2011, j’ai couru la Transat Jacques Vabre avec Armel Le Cléac’h. raconte-t-il, Le matin du départ, ça ne s’est pas bien passé. Nous étions tendus, une manille mal fixée, une voile mal gréée, le grand gennaker est descendu d’un coup et tombé dans l’eau, au moment du départ. Nous étions sur le passage de la ligne, et nous avions 300m2 de toile à l’eau… Nous avons tout récupéré, roulé la voile en boule dans la cale, elle était donc inutilisable. Nous avions plusieurs milles de retard sur tout le monde, c’était mal parti. Armel s’est retourné, et il a dit « Ca part de là. » C’est un épisode qui m’a beaucoup marqué, parce que cette réflexion, qu’il répète souvent, reflétait la stabilité émotionnelle d’Armel, qui est assez rare. » Et le skipper de poursuivre : en quelques jours, le binôme avait récupéré son retard, et raflé la troisième place du podium. Une anecdote qui l’a interpellé sur l’état d’esprit d’un « gagnant ». Armel Le Cléac’h est en effet considéré comme l’un des skippers les plus performants de sa génération en course au large, et ce n’est pas son dernier exploit en date, la première place du Vendée Globe 2016-17 qui donnera tort à cette affirmation.

Un panel complexe à étudier

Pour mener ses recherches, Christopher Pratt a d’abord travaillé sur les différentes sources de motivations dégagées par les études psycho-sociales existantes : motivation intrinsèque (qui trouve sa source en interne), extrinsèque (externe), amotivation… Il a ensuite recruté des participants du Vendée Globe 2012-13 pour participer à son étude. Il s’agissait de remplir un questionnaire avant de partir, puis un tous les dix jours durant la course, détaillant état d’esprit et sources de motivation. Un entretien à l’arrivée complétait la méthodologie. Cette étape a été délicate, raconte le marin-chercheur. Malgré son appartenance au milieu de la voile, et ses liens avec nombre d’entre eux – affrontés en régates à maintes reprises – peu de marins ont accepté de participer, et encore moins ont tenu jusqu’au bout. Christopher détaille : une dizaine a accepté, et trois d’entre eux sont allés jusqu’au bout du processus. « Mais, sourit-il, parmi eux, il y avait le binôme de tête ! »

Et sur cet échantillon, conclut-il, l’étude a révélé la prédominance de profils « autodéterminés », c’est-à-dire dotés d’une motivation intrinsèque très importante. Même si, il faut le souligner, le spectre motivationnel est large dans la voile sportive, et plus encore si on l’élargit au monde sportif entier.

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